Mercredi 20 septembre

Rendez-vous au grand amphithéâtre de l’université Lyon 2, campus des berges du Rhône, quai Claude Bernard:

  • 9h-10h30: Allocutions d’ouverture
  • 10h45-12h: Alain Ehrenberg, « Idéaux d’autonomie, santé mentale, psychologie »
Résumé: La création du corps unique des psychologues de l’Éducation Nationale s’inscrit dans la dynamique d’ascension des questions qu’on appelle de « santé mentale ». Celles-ci ne relèvent plus seulement de la psychopathologie des maladies mentales, elles se sont élargies à des enjeux de socialisation, donc de désocialisation, et traversent de part en part la vie sociale, dont l’école. La conférence portera sur le grand changement sociologique qui en constitue le contexte moral et social : nous sommes passés, entre les années 1970 et le tournant du 21e siècle, d’une société où l’on protégeait par des statuts à une société où il s’agit de sécuriser des parcours de vie en les accompagnant. Cela tient à ce que nous vivons désormais dans un individualisme de capacité imprégné par les idées et valeurs de l’autonomie.
  • 13h45-14h15: Dominique Hocquard, « De l’orienteur au psychologue de l’éducation nationale: quelles évolutions, quels enjeux? »
  • Résumé : L’histoire de l’orientation retiendra qu’à la rentrée 2017, les Conseillers d’Orientation-Psychologues ont changé de nom. Cette nouvelle appellation vient s’ajouter à la liste de toutes celles qui précédemment permettaient de nommer les praticiens de l’orientation tout au long du 20ème siècle – Orienteur, Conseiller d’Orientation, Conseiller d’Orientation-Psychologue et aujourd’hui- Psychologue de l’Education nationale.
    
    D’aucuns rappelleront à juste titre que les praticiens de l’orientation du Ministère de l’Education Nationale sont officiellement psychologues depuis 1991, et qu’historiquement ils  ont été  les premiers praticiens de la psychologie. En se référant à l’histoire de l’orientation en France il s’agira de saisir les enjeux politiques, sociaux, économiques, éducatifs… à partir desquels une profession liée à l’orientation s’institutionnalise en recourant pour être désignée à diverses appellations.
    
    Nous examinerons ensuite la façon dont les pouvoirs publics vont faire du décrochage scolaire un nouveau champ d’intervention dans le monde scolaire et le rôle qu’y joueront les CO-P. Après une période « européenne » très hostile aux services d’orientation (aux CO-P en particulier), et fortement marquée avec l’Orientation Tout au Long de la Vie par des dispositifs pédagogiques centrés sur  l’employabilité, d’autres éléments de contexte vont complexifier la perspective de l’insertion professionnelle souvent présentée comme la réponse au décrochage : l’extrême précarité d’une partie de la jeunesse, la désaffiliation de certains ado, la perte de repères… Si les réponses éducatives aux problèmes liés à la déscolarisation ont longtemps été formulées dans les termes d’un rapprochement avec le monde économique et l’entreprise, elles se sont très vite montrées insuffisantes, voire impossibles à mettre en œuvre du fait notamment d’une entrée dans la vie professionnelle particulièrement difficile pour les jeunes. Au-delà, le sentiment de déracinement, d’inutilité sociale, d’être sans place reconnue… ressenti par nombre de jeunes, la progression des suicides et des addictologies, la dépendance massive aux écrans, les phénomènes de radicalisation, ont amené les pouvoirs publics à reconsidérer le regard « gestionnaire » porté sur les adolescents. Aujourd’hui, un nouveau langage se fait entendre dans le champ éducatif, moins immédiatement économiste et davantage fondé sur l’empathie, la prévention et la bienveillance.
    
    Ce langage a fait de la « santé » et de la prévention une référence majeure et le constat peut être fait selon lequel le corps de psychologues de l’EN a été créé dans un rapport très direct à cette thématique.
    
    Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’avec une acception « clinique » fortement soulignée, la psychologie de l’éducation et la psychologie de l’orientation, soient aujourd’hui sollicitées par les pouvoirs publics. Ce qu’exemplifient ces disciplines en effet c’est la possibilité pour tout individu « ordinaire » d’être considéré et reconnu dans une dynamique d’évolution et d’émancipation qui lui permette de développer des potentialités, participer à la vie sociale et envisager son avenir. Ce qu’elles attestent au plan des pratiques quotidiennes c’est la réalité d’une posture qui au-delà des techniques et des protocoles tient compte du social dans l’écoute et la prise en compte des individus.  Si cette référence à une véritable clinique de l’orientation apparaît dans les textes et les discours officiels, elle entre toutefois en contradiction avec  les politiques éducatives qui sous couvert d’expertises, d’objectivité, de neutralité et de référence à la Science assurent le soin de guider les individus moins en fonction de leur besoins propres et de leurs aspirations sociales qu’en fonction des logiques utilitaristes fondées sur l’employabilité et la socialisation des jeunes par un marché du travail en pleine crise ! Nous analyserons cette  contradiction et tenterons de préciser les enjeux d’un métier impliqué dans un système socio-économique qui tout en produisant de l’exclusion et de l’inégalité s’efforce de proposer aux plus démunis les  aides correspondant à leur situation : au sujet souffrant d’une insertion défectueuse dans les différents lieux où il doit prendre place – l’école, le travail, l’habitat, la sexualité, l’identité – serait proposé un ensemble d’acteurs et de psychologues bienveillants missionnés pour s’assurer que les béances psychiques ne se transforment en abîmes sociaux. On se demandera comment face à cette psychologisation des réalités sociales, le psychologue de l’Education nationale peut trouver sa place.
  • 14h20-15h30: Line Numa-Bocage, « La nécessaire rencontre du psychologue et du professeur, que peuvent-ils ensemble? »
    Résumé: A l’aube du XXI ième siècle, une réflexion sur les rapports entre psychologie et éducation envisageait une « rencontre nécessaire » entre les deux professionnels importants de l’école que sont le professeur et (à l’époque) le Co-Psy, le conseiller d’orientation psychologue (Numa-Bocage, 2000). Cette rencontre pouvait se réaliser dans les espaces de « partages de significations » (Bruner, 1996, 1997) qui permettaient aux professionnels une compréhension mutuelle de leurs missions respectives.
    
    A partir du 1er septembre 2017 le conseiller d’orientation-psychologue est le psychologue de l’éducation nationale, spécialité « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle ». « Sa mission sera de contribuer à créer les conditions d’un équilibre psychologique des élèves favorisant leur réussite et leur investissement scolaires…(accompagnant) l'élaboration progressive de leur projet d'orientation… permettant l’appropriation d’informations sur les formations et les métiers et l’évolution de leurs représentations(…) Il participera également à la prévention et à la remédiation du décrochage scolaire. »
    
    Comment comprendre les missions actuelles du Psy-EN ? Que devient alors la notion de partage de significations ? Ces nouvelles missions ne redéfinissent-elles pas les limites des champs d’interventions des professionnels de l’éducation ? Quelles sont les répercussions de ces transformations sur les relations avec les professeurs ?
    
    Pour discuter ces questions, à partir d’actions menées dans le cadre de la prévention du décrochage et pour favoriser la persévérance scolaire en collège et au lycée, nous aborderons les évolutions du métier de Co-Psy à celui de Psy-EN dans les textes et dans la réalité du terrain. Nous discuterons alors les formes possibles du rôle du psychologue dans l’institution au regard des mutations sociétales qui bouleversent l’Ecole depuis quelques années. Cette approche praxéologique permet d’observer certaines des compétences du psychologue de l’éducation les plus sollicitées dans ces situations (compétence de formateur auprès des professeurs et des équipes éducatives, d’accompagnateur dans la prise en charge des élèves dans l’établissement et dans la classe, concepteur de dispositifs inclusifs adaptés aux situations locales, médiateurs dans les relations entre les personnels de l’école et les partenaires extérieurs … par exemple). Ces compétences entraineront probablement une réélaboration de l’identité du psychologue dans l’école secondaire en élargissant son rôle de conseiller.
  • 15h45-17h: Table ronde « la place du psychologue dans l’Ecole »:

Madame Line NUMA-BOCAGE , Psychologue, professeure des Universités en Science de l’éducation, Université de Cergy-Pontoise et ESPE de l’Académie de Versailles.

Monsieur Dominique HOCQUARD Psychologue, ancien directeur de CIO, ancien président de l’ACOPF. Membre du Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge.

Monsieur Nicolas BALTENNECK, Psychologue, Maitre de conférence en psychologie du développement à Lyon2 et responsable de la formation des Psy-EN EDA et EDO au centre de formation de Lyon.

Madame Roser RUF et Madame Sandra LUCENA ARROYO psychopédagogues dans le premier et le second degré en Principauté d’Andorre.

Monsieur Heiner BLECKMANN ancien conseiller d’orientation auprès d’étudiants et de bacheliers à l’office fédéral pour l’emploi de la Sarre (Allemagne).

  • 17h-18h: « Présentation des travaux des jeunes chercheurs.euses »

18h15: Réunions syndicales

Remarque: L’accueil en Mairie de Lyon est annulé.